Nouveau record pour la rémunération des actionnaires du CAC 40.
On savait déjà que la santé financière des entreprises du CAC 40 était bonne. Mais ce que les concitoyens ou les salariés ne savent pas vraiment, c'est où vont les bénéfices de ces grands groupes. La réponse est claire et sans appel : l'argent profite surtout aux gros actionnaires et aux dirigeants de ces sociétés plutôt qu'à leurs salariés.
En effet, l'enquête parue dans le magazine Alternatives économiques du mois de mars 2026 montre que "les entreprises du CAC40 ont reversé l'année dernière 107 milliards d'euros à leurs actionnaires".
Depuis 2012, le montant des dividendes et du rachat d'actions versés aux actionnaires des entreprises du CAC 40 progresse à une vitesse vertigineuse, passant de 36,9 milliards € en 2012 à 59,9 milliards € en 2019. Si l'année Covid à vu une baisse de revenu pour les actionnaires - qui malgré la crise était quand même au niveau de 2012 - depuis 2021 elle ne cesse de croître, passant de 69,4 milliards € à 97,9 milliards € en 2024. La progression est portée par le rachat d'actions, qui pèse en 2025 environ 1/3 des sommes versées (marginale jusqu'au milieu des années 2010).
Selon le magazine, racheter ses propres actions a un double avantage : "D'une part, le rachat soutient le cours de bourse, puisque la demande du titre augmente. D'autre part, il augmente le bénéfice par action. En effet, comme le nombre de titres diminue, le montant du profit par action progresse. Il s'agit donc d'un transfert de cash depuis l'entreprise vers l'actionnaire, en complément du dividende, qui reste majoritaire."
Une autre étude, publiée par l'Institut français de gouvernement des entreprises, met en évidence l'évolution du versement des dividendes entre 1995 et 2024 des 120 plus grandes entreprises françaises cotées en bourse. Là aussi le constat est saisissant : "ces versements sont passés de 4 milliards d'euros en 1995 à 85 milliards d'euros en 2025. Cela correspond à une augmentation annuelle moyenne de 11%, un taux 3 fois supérieur au taux moyen de croissance de l'économie française sur la période".
Parmi ces entreprises se trouve bien entendu le groupe VINCI, qui, en 2025, a redistribué plus de 2,5 milliards d'euros de dividendes (graphique 1), pour une rémunération par action passant de 2,90 € en 2021 à 4,75 € en 2025 (voir graphique 2).
Les grands bénéficiaires de la politique de rémunération de l'actionnariat ne sont pas, comme on veut nous le faire croire, les salariés de la classe moyenne, mais plutôt les cadres dirigeants des entreprises et de ceux qui vivent du capital (fonds de pensions, milliardaires etc...).
Le graphique ci-dessous montre que la réserve de participation, qui est versée chaque année aux salariés d'ASF, représente moins de 2% des bénéfices réalisés. A noter que le taux de rentabilité nette de cette période, suivant les années, est compris entre 41,3 % et 45,8%. Peu d'entreprises aujourd'hui arrivent à de tels résultats !
La conclusion de cette enquête corrobore ce que Force Ouvrière répète depuis maintenant des années : les bénéfices sont inéquitablement répartis. Ils profitent plus aux grands patrons, aux grands actionnaires, qu'à ceux qui travaillent, qu'aux salariés dits essentiels, qu'à ceux qui subissent de plein fouet les réorganisations et l'élargissement des périmètres géographiques.
Les salariés ne comprennent plus le positionnement de la direction sur la politique de rémunération et sur les primes liées à la performance et aux résultats de l'entreprise. Ils souhaitent une répartition plus adaptée, plus juste et plus équilibrée, que ce soit au travers des NAO, des évolutions de carrières, de la reconnaissance de la montée en compétences (changement de classe), ou encore de la mise en place d'une formule dérogatoire pour augmenter la réserve de participation.
La fin de concession, le modèle économique des concessions d'autoroutes ou l'incertitude économique mondiale ne sont pas des excuses !!! ASF a largement les moyens de faire mieux, d'être plus généreux...car, comme nous le rappelons systématiquement lors des réunions de travail avec la direction, la paupérisation des bas salaires et de la classe moyenne n'est plus une vue de l'esprit. La perte de pouvoir d'achat est malheureusement une réalité bien visible aujourd'hui.
Sources : Alternatives économiques / Mars 2026 - Bilan social ASF 2025 - Données économiques groupe Vinci/site www.Vinci.com.